Communiqués de presse

L’association #MeTooMedias lance sa 1ère campagne d'adhésion

5 octobre 2022

Adhérer à #MeTooMedia, c'est soutenir le combat national contre les violences sexistes et sexuelles.

Adhérer à MTM, c’est l'assurance de voir portée cette lutte haut et fort.

C'est l'assurance d'agir et que la parole libérée soit entendue.

Par-delà les médias, notre combat engage la société toute entière.

Le mouvement #MeToo a 5 ans aujourd’hui.

Créée en 2021, l'association #MeTooMedia regroupe des victimes, qu’elles aient porté plainte ou non. Mais l’association rassemble aussi celles et ceux qui souhaitent soutenir le mouvement de libération de la parole comme tous ceux et toutes celles qui veulent exercer leur métier de manière digne et vivre dans une société respectueuse.

Plus nous serons nombreux.ses, plus nous serons crédibles et audibles !

Rejoignez-nous ! A très bientôt ! Le bureau de MeTooMedia

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

du 16 septembre 2022


Droit de réponse de l’association #Metoomedia à la Fondation Lagolnitzer au sujet des accusations portées en justice contre PPDA

En ce temps de prix littéraires, le jury du prix « Le Temps Retrouvé » est remanié pour cause d’éviction de Patrick Poivre d’Arvor, accusé de viol et d’agression sexuelle par plusieurs femmes en 2021. La Fondation organisatrice du prix, détenue par Daniel Lagolnitzer, s’est exprimée dans un communiqué à propos de cette éviction. Par la nature des propos tenus à l’égard des plaignantes, ce communiqué appelle un droit de réponse.

Il faut commencer par saluer l’engagement pour le progrès, la science, la culture, la paix dans le monde de cette Fondation. Le prix du Temps retrouvé est « destiné à attirer l’attention des livres de grande qualité littéraire faisant preuve de finesse d’analyse des personnages ». Mais le communiqué de la Fondation fait-il état d’une telle finesse d’analyse de ses propres membres ?

Dans son communiqué, la Fondation commence en effet par rappeler que le PPPDA « conteste les accusations », comme si cela suffisait à les invalider. Prudente, elle précise toutefois que le nombre et la convergence des témoignages laissent supposer que PPDA « a eu pour le moins des comportements très inappropriés envers les femmes (tentative directe de les embrasser et de les caresser sans aucun accord préalable clair de leur part…) ». Rappelons qu’aux yeux de la loi, ces faits caractérisent l’agression sexuelle, qui est un délit et qui ne peut être minimisé.

La Fondation semble par ailleurs avoir une connaissance de première main des dossiers puisqu’elle affirme que PPDA « a cependant cessé dès le moment où la femme a dit NON comme le confirme la majorité des témoignages ». Or ce n’est pas ce que disent les plaignantes, membres de l’association #MeTooMedias et au nom desquels nous nous exprimons.

La Fondation continue en minimisant les faits en présentant les viols de la manière suivante : « Dans quelques cas, les femmes ont accepté un rapport sexuel qu’elles ne souhaitaient pas, n’ayant pas su dire non à un personnage célèbre qu’elles admiraient ». Or un rapport sexuel non souhaité est bien un viol. Et le Code pénal indique : « Le viol défini à l'article 222-23 est puni de vingt ans de réclusion criminelle (…) lorsqu’il est commis par autre personne ayant sur la victime une autorité de droit ou de fait ». Cela n’a donc rien d’anodin ou de négligeable. Pourtant, le communiqué parle plus loin de « comportements très déplacés », rien de plus.

La Fondation n’hésite ensuite pas à dévaloriser la parole des victimes en avançant, sans preuve : « Dans un ou deux cas, il s’agit de femmes a priori fragiles. ». Qu’est-ce que veut dire « quelqu’un de fragile » ? Et qui sont exactement ces « un ou deux cas » ? Si des noms étaient données, cette Fondation pourrait être poursuivie pour diffamation (allégation ou imputation d'un fait, en l’occurrence une dénonciation calomnieuse, qui porte atteinte à l'honneur et à la considération d'une personne).

Le communiqué de la Fondation se pique également de quelques interrogations. À la question « Y a-t-il eu viol caractérisé avec emploi de la force physique ? », nous rappellerons que la définition du viol dans le code pénal est plus large. On y lit, à l’article 222-24 : « Le viol est puni de vingt ans de réclusion criminelle lorsqu'il est commis par une personne qui abuse de l'autorité que lui confèrent ses fonctions. » et dans l’article 222-22 : « Constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise ou, dans les cas prévus par la loi, commise sur un mineur par un majeur. Le viol et les autres agressions sexuelles sont constitués lorsqu'ils ont été imposés à la victime dans les circonstances prévues par la présente section. »

À la question, que pose la Fondation, « si l’homme n’emploie pas la force physique brutale et renonce si la femme dit NON, quand doit-on parler ou non de viol si elle cède, dira-t-elle, « sous emprise » ou « par sidération » ? », on répondra que, dans la vie de tous les jours, la majorité des actes sexuels sont consentis des deux côtés et ne constituent pas des agressions ni des viols. Et que toute personne qui respecte son partenaire sait très bien où se situe la limite entre le « oui » plein et l’absence de « non » contraint. On répondra aussi que le modus operandi dont est accusé PPDA, qui comporte une dimension de sérialité reconnue récemment par la justice, indique que le journaliste savait ce qu’il faisait. Les comportements décrits sont toujours les mêmes : l’incapacité à percevoir le refus de l’autre ne tient pas ; ou alors, il faut plaider la bêtise.

En réalité, ce qui ressort de ce communiqué, c’est l’incapacité de lire les événements autrement que par le prisme de la culture du viol. Dans cette vision des choses, le viol est nécessairement accompli avec violence, la victime détient une part de responsabilité dans ce qui lui arrive, et l’agresseur est excusable (voir Suzanne Zaccour, La fabrique du viol : essai, Montréal, Leméac, 2019). C’est bien ce scénario qu’on lit dans le communiqué de la Fondation Iagolnitzer.

Le retournement de la culpabilité y est également utilisé, puisqu’il affirme que des membres du jury auraient été « victimes de harcèlement » (par qui, nous ne le saurons pas) et poussés à démissionner. Qu’en est-il des plaignantes dont la parole est diffamée par ce communiqué ?

Soulignons enfin le passage suivant : « s’agissant d’un prix littéraire, (…) nous n’avions pas à nous ériger nous-mêmes en justiciers ou moralisateurs. La littérature est autre chose. Même les grands écrivains ont parfois des côtés sombres. » Or la littérature n’est pas autre chose qu’un discours sur le monde, sur la vie, et c’est précisément pour cela qu’on la lit. PPDA n’est d’ailleurs pas reconnu comme un grand écrivain et ce n’est pas non plus en tant que tel qu’il a été évincé du prix, mais seulement en tant que Président du jury.

Le communiqué de la Fondation Iagolnitzer est ainsi truffé de raccourcis, de confusions et d’euphémismes. Il est aussi tissé de misogynie, notamment dans sa conclusion : « saluons la libération de la parole des femmes, même s’il faut parfois la prendre avec sens critique ». Visiblement, les femmes ne savent pas ce qu’elles disent…

Puisque le prix littéraire en question en appelle à Proust, citons pour finir ce passage de La Recherche : dans Albertine disparue, le narrateur attire chez lui « une petite fille pauvre » et la « berce sur ses genoux » mais est ensuite inquiété par les parents de la fille. Il est alors interrogé par le Chef de la Sûreté, « qui aimait les petites filles » et qui se contente de lui dire : « Une autre fois, il faut être plus adroit. Dame, on ne fait pas des levages aussi brusquement que ça, ou ça rate » (Marcel Proust, À La recherche du temps perdu, éd. Pierre Clarac et André Ferré, Paris, Gallimard, coll. Pléiade, 1954, t. II, La Fugitive (Albertine disparue), p. 432).

Décidément, il y a des temps qu’on préférerait ne pas retrouver. Les temps de la « finesse d’analyse », sans doute…

#MeTooMédia



COMMUNIQUÉ DE PRESSE

du 27 avril 2022


Nous avons appris par voie de presse la plainte avec constitution de partie civile pour “dénonciation calomnieuse” de Patrick Poivre d’Arvor contre 16 des femmes qui l’accusent de harcèlement sexuel, d’agression sexuelle, ou de viol.


"Depuis l'emballement généré par la déferlante #MeToo, la libération de la parole des femmes connaît malheureusement son lot d'excès et de dérives, et les moyens mis en œuvre pour servir cet objectif légitime peuvent s'avérer pervers et dévastateurs", écrit-il dans cette plainte, comme le rapporte France Info.


Étant rappelé que ces 16 femmes se sont toutes déplacées pour témoigner auprès de la Brigade de répression de la délinquance contre les personnes (BRDP) dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte suite à une plainte pour “viol”, s’adresser directement à la police et à la justice fait-il désormais partie des “moyens (...) pervers et dévastateurs” qu’ont les victimes pour se faire entendre ?


Nous rappelons qu’à ce jour, 26 femmes se sont adressées aux autorités et 16 plaintes ont été déposées contre Patrick Poivre d’Arvor, dont 7 pour “viol”. Une seule ne tombe pas sous le coup de la prescription, celle de Florence Porcel, qui est en cours d’instruction. Une deuxième enquête préliminaire est également en cours, ouverte en décembre après la plainte pour “viol” d’une autre femme.

Nous rappelons également que Patrick Poivre d’Arvor a, avant celle-ci, déposé deux plaintes pour “dénonciation calomnieuse”, la première contre Florence Porcel, la deuxième contre 16 des femmes ayant témoigné au cours de la première enquête préliminaire, et qu’elles ont toutes les deux été classées sans suite par le Procureur de la République (la deuxième ayant été classée deux jours après sa réception).


Nous dénonçons des procédures bâillon de la part de Patrick Poivre d’Arvor comme des tentatives d’intimidation visant à décourager les victimes qui ne se sont pas encore manifestées auprès des autorités d’entreprendre cette démarche douloureuse et difficile.


Nous renouvelons notre soutien à toutes les victimes des personnalités des médias. Nous sommes là pour les écouter, les soutenir, et les accompagner.


#MeTooMédia